Par Stefie Bermaller
SHUFFLE, le roman de Jérôme Enez-Vriad dont une partie de l’action de déroule à Berlin avant et après la chute du Mur, sortira aux Edtions Dialogues à la rentrée 2012. En voici la bande annonce.
Par Stefie Bermaller
SHUFFLE, le roman de Jérôme Enez-Vriad dont une partie de l’action de déroule à Berlin avant et après la chute du Mur, sortira aux Edtions Dialogues à la rentrée 2012. En voici la bande annonce.
Par Jérôme Enez-Vriad - Berlin
Cet article si longtemps retardé je l’ai promis depuis bien plus longtemps encore à Eppo Dekker. Retenez bien ce nom car il en sera le fil rouge. Mais pour commencer, laissons ce couturier berlinois d’origine néerlandaise se présenter lui-même.
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« J’ai toujours vu la mode comme une forme d’art, c’est pourquoi je préfère les pièces uniques, à la lisière des possibilités conceptuelles, bien au-dessus des vêtements quotidiens, pour ne pas dire commerciaux, auxquels nous sommes habitués. Pour moi, la mode est un moyen de communiquer à travers ma conception affective et esthétique du travail bien fait. L’élan artistique de mon travail se retrouve dans chaque pièce, toutes uniques et travaillées avec une attention particulière aux détails. Je conçois mes vêtements de manière impulsive , quasi expérimentale, avec l’idée d’une permanente évolution. »
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Avant d’entrer dans le vif du talent d’Eppo, une petite précision quant à la « Haute-Couture« . Si l’on se fit au statut de la chambre syndicale, la « Haute Couture » est une appellation française, juridiquement protégée, dont ne peuvent se prévaloir que les entreprises figurant sur une liste établie chaque année par une commission siégeant au Ministère de l’Industrie, et qui fait l’objet d’une décision ministérielle. Les maisons de Haute Couture postulantes doivent répondre à un certain nombre de critères (travail réalisé à la main dans les ateliers de la maison, nombre d’employés, nombre de modèles, participation à un quota de grands défilés, utilisation d’une certaine surface de tissus, etc.) En gros, ce format chic et choc n’est accessible qu’aux sociétés ayant les moyens de se l’offrir. Seulement 12 pour l’année en cours, dont Chanel, Dior, Givenchy, Jean-Paul Gaultier… Pour autant, et au delà d’un savoir faire artisanal incontournable, la Haute Couture est aujourd’hui avant tout une vitrine de luxe pour vendre du produit dérivé.
Auparavant, les clientes commandaient leurs robes et le tailleur exécutait. Avec le concept « Haute Couture » apparu au début du XXème siècle, elles choisissent un modèle dans une collection saisonnière renouvelée deux fois l’an : Printemps/Eté – Automne/Hiver, et éventuellement le tissu si la coupe permet d’en moduler la préférence. Chaque pièce est unique, faite sur mesure et numérotée.
Est-il donc possible de faire de la Haute Couture sans avoir les moyens de s’en offrir l’appellation ? Sur le fond, oui. Ce que fait Eppo Dekker, c’est à dire une présentation de modèles régulièrement mis à jour, et réalisables sur mesure dans toutes les tailles et multiples choix de tissus. Ce n’est donc pas de la Haute Couture, moins encore du prêt-à-porter mais du Prêt-à-couture, non de sa boutique au 87 Grünbergerstrasse – Friedrichshain. Et lorsque, par hasard, je suis passé devant la vitrine, un modèle m’a sauté au visage. Petite robe noire surpiquées de roses rouges. Une pure merveille de finissions où les fleurs taillées dans le tissu ont été « plantées » sur la robe sans apparence d’aucune couture. On a l’impression que les roses poussent sur le tissu. Un savoir faire remarquable nourri de 4 années d’études à l’école de mode de Den Haag (La Haye), équivalent néerlandais de la Saint Martins School of Art de Londres qui forma John Galliano, feu Alexander Mc Queen, et bien d’autres.
Le style d’Eppo Dekker est nourri du verbe « oser » et c’est une qualité de génie. Les coupes se tiennent dans un élan de fluidité remarquable. Elles assouplissent les corps rigides et raffermissent les moins altiers. Il me souvient d’un sculptural pantalon noir taille haute qui semblait vivre parmi d’autres modèles, toujours très épurés, permettant certaines fantaisies qui font la création sortir de son carcan « petit bourgeois ». Le Prêt-à-couture d’Eppo Dekker efface le dérisoire d’hier en inventant l’illusoire de demain.
Les prix vont en moyenne de 12 € à 150 € pour les accessoires – du petit bijou fantaisie à la capeline. En ce qui regarde les vêtements, il faut compter entre 150 € et 800 € – Je rappelle qu’il s’agit de pièces uniques sur-mesure quasi indémodables. Quant aux commandes exceptionnelles, type robe de mariée, comme en Haute Couture elles n’auront de limite que vos exigences, c’est à dire votre imagination.
Dire aussi que la maison coupe pour les hommes et travaille avec des tissus Haute Couture rachetés aux plus grands studios : Christian Lacroix, Jean-Paul Gaultier, Givenchy…
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Prêt-à-couture / Eppo Dekker - 87 Grünbergerstrasse /10 245 Berlin Friedrichshain.
https://www.facebook.com/pages/Pr%C3%AAt-%C3%A0-Couture/112006938861258
10 % vous sont offert à partir de 100 € d’achat sur présentation du flyer (à imprimer).
Par Jérôme Enez-vriad - Berlin
Article précédent affilié : Berlin en couleurs VII
La définition n’est pas sensationnelle mais pour visualiser il fallait risquer quelques vilains pixels. D’abord une affiche du Sound, discothèque mythique (fin 70 – début 80) du West-Berlin emmuré. Puis celle, merveilleusement vomitive, des défuntes soirées Disko K. du Bang Bang Club (toujours sans site web officiel).

Par Jérôme Enez Vriad - Berlin
Denis Lachaud a du talent. Denis Lachaud écrit de belles histoires. Denis Lachaud apprend l’allemand et il s’est depuis peu mis à l’hébreu pour son sixième roman. Décryptage géographique.
Dans son premier livre paru en 1998 chez Actes Sud, l’auteur évoquait l’histoire de Ernst, fils d’une famille teutonne installée à Paris depuis une dizaine d’années. Nous sommes au milieu des années 70, comme de nombreux allemands de la génération d’après guerre, les Wommel vivent dans le dénie complet de leur histoire collective, au point de parler uniquement français en famille. Ernst, le cadet, s’y refuse en décidant d’apprendre cette langue que personne ne pratique jamais à la maison. Il part en Allemagne avec sa classe et rencontre Rolf, son correspondant, avec qui il vivra plus qu’une amitié. Denis Lachaud évoque à merveille les douleurs forcloses d’un peuple à travers ces deux adolescents aux relations sociales ambiguës : un peu lego face à Playmobil. Une histoire et un style attachant. Chapeau bas.
Le sixième roman de l’auteur, reprend l’évocation géographique du premier : quitter un pays pour en rejoindre un autre, inconnu. Comme Ernst, Frédéric est un garçon issu d’un milieu sans histoire qui devrait en faire un homme sans histoire. Lui non plus, n’échappera pas à son destin. Il vit à Berlin, dans ce West-berlin si étrange de la guerre froide, et dont il n’est, d’ailleurs, quasiment pas question dans le livre. Il accompagne ses parents diplomates au fil de leurs nombreuses missions. Si dans son premier roman, Denis Lachaud offre à Ersnt de trouver la stabilité en même temps qu’il découvre ses origines, Frédéric, lui, tombe d’un pied d’équilibre fragile lorsqu’il arrive avec sa famille en Israël. Il quitte un mur physique pour en découvrir un autre, immatériel, entre les musulmans et les juifs. Ici, choisir un camp c’est choisir une langue. Frédéric apprendra l’hébreu.
Cela posé, quel rapport avec Berlin, me dira-t-on ? Réponse : les premières pages de ce nouveau roman. L’auteur y évoque Prenzlauer Berg comme un quartier situé en partie occidentale de la ville à l’époque du Mur, ce qui, bien évidemment, est faux. Prenz’Berg était dans la division orientale du quadripartisme. J’ai demandé à plusieurs personnes de lire ces pages pour me donner leur sentiment. Avais-je mal compris ou y a-t-il bien méprise ? Tous sont formels. Il y a maldonne ou le texte n’est pas clair.
Si vous lisez J’apprends l’hébreu, je vous le conseille vivement, sachez avant tout que Prenzlauer Berg n’a jamais fait partie de la RFA, mais que ce quartier devenu très Up (trop à mon goût) était bien en RDA. Du côté rouge.
Par David Lemoine & jérôme Enez-Vriad - Berlin
Cet article a bénéficié du soutien de Wimdu. Pour en savoir davantage, n’hésitez pas à cliquez sur l’illustration.
Terme générique et fourre-tout, le Krautrock ou « Rock Choucroute » apparait pour la première fois en 1972 dans le magazine anglais Melody Maker. Il désigne la scène rock allemande en pleine expansion depuis la fin des années 60. À l’origine ? Un titre du groupe Amon Düül, Mama Düül und Ihre Sauerkrautband, paru en 1969. l’expression est donc choisie par des anglais alors que les allemands parlaient, eux, plutôt de Kosmische Musik.
Il faut être clair. Le Krautrock n’est pas un mouvement défini, aux frontières stables et aux règles établies comme peuvent l’être le rock ou la pop. Le Krautrock est plutôt une réponse expressive de musiciens ouest-allemands du début des 70′s, qui découvrent des groupes comme Pink Floyd, Frank Zappa, les Doors, Jefferson Airplane et tout le mouvement psychédélique ; se l’approprient et finissent par le transcender totalement, mélangeant sans état d’âme le rock progressif, les expérimentations bruitistes et l’impro. C’est la recherche de nouveaux moyens d’expressions sonores, le tout porté par la vague de contestations libertaires liées aux hippies. La seule limite à la créativité des Krautrocker sera le format vinyle et ses 22 minutes par face.
Les premiers groupes à émerger sont Organisation (futur Kraftwerk) à Düsseldorf, ainsi que Amon Düül et Popol Vuh à Munich (ce dernier signera d’ailleurs la plupart des bandes originales des films de Werner Herzog). La scène berlinoise n’est pas en reste et voit naitre deux grands noms qui deviendront aussi des figures de proue de la musique électronique planante : Tangerine Dream et son batteur, Klaus Schulze.
Durant une courte période (grosso-modo 1968-1975), un nouveau souffle apporté au rock sera passé par l’Allemagne de l’Ouest - West-Berlin y compris. Cependant, le genre n’obtiendra sa reconnaissance que dans les années 90 où quelques groupes ont commencé à redécouvrir la musique de papa et à s’en réclamer. Depuis, les compilations fleurissent.
Pour ceux qui voudraient un aperçu quasi exhaustif du genre, nous pouvons conseiller la lecture du livre de Julian Cope, chanteur du groupe The Teardrop Explodes : « Krautrock sampler : petit guide d’initiation à la grande Kosmische Musik ». Cet ouvrage est une référence, véritable must-have pour découvrir un pan assez méconnu de la musique allemande. Au reste, en début d’année (janvier 2011), les téléspectateurs de la BBC ont pu apprécier l’excellent reportage, Krautrock : The Rebirth of Germany. La nécessité pour la génération allemande des 60-70′s de s’inventer une nouvelle identité musicale au sein d’un pays encore ravagé par la guerre, y est clairement expliquée. Le film creuse finement l’influence qu’a pu avoir le Krautrock sur le rock anglo-saxon et des artistes majeurs tels que Eno, Bowie ou Iggy Pop. Bien entendu, c’est en anglais et, selon l’expression consacrée, si vous ne comprenez pas, c’est que ce n’est pas pour vous.
Aujourd’hui, c’est dans la capitale allemande que les amateurs trouveront leur bonheur, car, très paradoxalement, les villes sus-citées (München & Düsseldorf) semblent avoir oublié qu’elles furent le berceau d’un des genres musicaux les plus marquants de la culture européenne. Les nombreux disquaires indépendants de Kreuzberg et Neukölln – moitié disquaires, moitié brocanteurs de vinyles -, proposent tous un large choix de Krautrock, certains ont même aménagé un rayon spécifique.
Pour un complément d’informations, un petit clic sur l’article de Sylvain Siclier paru dans Le Monde en mars 2007, comblera les lacunes du post.
Par Jérôme Enez-Vriad - Berlin
Dans mon livre, « Le dernier des Incrédule » – qui n’est plus en ligne puisqu’un contrat éditeur a été signé ces dernières semaines – un chapitre a suscité de nombreux commentaires. Il s’agit du passage ou le protagoniste rencontre Christiane F. La question récurrente des lecteurs est de savoir si oui ou non j’ai pris un verre avec cette femme d’aujourd’hui presque 50 ans. Délire d’auteur ou réelle rencontre ? Je vous laisse juge car l’essentiel est ailleurs. Le titre du chapitre est « La fille aux yeux clairs. »
« C’est charmant de vouloir me rencontrer mais je me fais une idée plus intellectuelle des français, davantage dans le besoin de converser avec un grand auteur qu’une femme comme moi. Vous savez, on ne m’arrête pas dans la rue pour me demander d’autographe. Si vous préférez, nous pouvons nous installer dans l’autre salle, aucun problème, j’irai fumer dehors. Vous avez un très beau sourire. Jovan m’avait décrit votre allure mais je n’arrivais pas à vous imaginer. Tout y est pourtant : pas très grand, mince, les dents blanches, le teint clair, tout sauf les lunettes noires, c’est vrai qu’aujourd’hui le temps ne s’y prête guère mais vous êtes exactement comme je ne vous imaginais pas : charmant, doux, courtois, les mains parfaitement entretenues, vous avez des mains de pianiste, les femmes aiment s’y perdre.
« Les gens pensent que je suis riche. Bien sûr, je touche des droits mais d’autres se partage la grosse part du gâteau. Pour autant, cela me suffit. Combien d’écrivains, enfin si l’on veut car mon manuscrit était une bande magnétique, mais combien d’auteurs peuvent se flatter de vivre trente ans sur les droits d’un seul livre ? Saviez-vous qu’il était au programme scolaire en RFA dans les années 80 ? Traduit dans une quinzaine de langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires, je ne sais pas combien exactement et ça m’est égal puisque je n’en tire aucune fierté. Je pense d’ailleurs qu’il est la source des emmerdes qui ont suivi. Dans mon histoire tout est vrai mais rien n’est vraiment exact. Un peu comme ce rendez-vous. (Rires) Lors des entretiens avec les journalistes, je ne savais pas qu’ils en feraient un livre et moins encore suivi du film. Il s’agissait de conversations hebdomadaires très informelles, une thérapie en quelque sorte mais sans suivi médical. Oui, c’était un peu ça. Vous connaissez le texte d’Udo Lindenberg, « Horizon » ? Le mien semblait dégagé pour la première fois. Comme dans la chanson tout devenait possible. J’avais quinze ou seize ans, on me demandait de rembobiner le temps vieux d’une dizaine d’années, autant dire la préhistoire pour une gamine, et ça les passionnait. Les journalistes en ont fait une gentille romance façon Bravo Girl* sans prendre de recul. Relisez le livre et vous verrez, le sujet n’est pas la drogue mais l’amour autour de la drogue – ou l’inverse. Si l’on ajoute David Bowie face à cette gamine les yeux perdus dans ceux de son idole, évidemment ça fait rêver. Personne n’imagine une seconde que rien ne s’est vraiment passé comme ça. J’aimais Detlev comme l’on aime à cet âge. Point barre.
« C’est vrai, certains n’auraient jamais essayé l’héroïne grâce au livre qui les en aurait dissuadés, on me l’a écrit, mais cette fichue histoire ne m’a pas laissé grandir et l’on voudrait qu’elle soit encore mienne à trente années de distance. Ce n’était pourtant qu’un simple témoignage absolument pas représentatif de la jeunesse de l’époque. Les médias se sont appliqués à le faire croire mais c’est faux. Dans les moments difficiles, je pense m’être retranchée derrière l’image que l’on avait de moi. Les gens préfèrent savoir que j’ai rechuté plutôt que m’en être définitivement sortie. Non par méchanceté, ce serait trop simple, c’est une manière de me garder pour eux, intacte dans leur bibliothèque. Christiane F., l’héroïnomane qui avait leur âge à l’époque où ils rêvaient d’en faire autant leur appartient encore. C’est comme ça que l’on m’aime, pas comme la femme que je suis devenue. Le plus douloureux est de voir comment certains lieux du livre ont été institutionnalisés. Pas plus tard qu’hier, on m’a raconté qu’une classe de lycéens visitait la gare du Zoo en citant mon nom. Le livre est à Berlin ce qu’Emmanuelle est à la Thaïlande, l’un et l’autre y ont officialisé une prostitution internationale. J’ai honte d’avoir indirectement cautionné ça.
« Si c’était à refaire ? C’est une étrange question, j’ai tellement du mal à continuer. Déjà, je ne ferai pas le livre. Il est responsable de tant de jalousies. Souvenez-vous, l’histoire se termine au fond d’une carrière, moi et mes amis voulons en dynamiter l’unique accès pour ne plus remonter. Aujourd’hui, seul compte mon fils. Je redescendrai peut-être dans cette carrière lorsqu’il aura pris son envol. Le reste m’est égal. (La voix devient grave) En fait, je voulais voir à quoi ressemble un mec qui laisse son enfant vivre avec sa mère, fut-elle toxicomane. Notre rencontre est une pure invention de romancier, elle n’existe pas, cela vous laisse libre d’en faire usage à souhait, alors ce serait formidable si vous la dédicaciez aux mères toxicomanes. Rassurez-vous, je ne vous ferai pas de procès car votre livre aura moins de succès que le mien. »
Nous rions. La nuit est là depuis un moment. Christiane écrase son énième mégot après avoir fumé un demi paquet de Pall Mall rouge. Le temps est venu de nous séparer face à l’évidence d’une rencontre pour de mauvaises raisons. Moi, avec le naïf espoir de retrouver un peu celle qu’elle n’a sans doute jamais vraiment été. Elle, satisfaite d’avoir mis un visage sur l’idée qu’elle se fait d’un type bien. Et pourtant. A y regarder de près, ce ne fut ni un choix et moins encore par noblesse d’âme si j’ai laissé YannAxel avec sa mère, bien au contraire, ce que certains prennent pour de la magnanimité était en fait pur égoïsme. Christiane enfile son manteau élimé aux manches. Elle me tend la main ou moment où je lui offre une joue. Nous nous embrassons chacun la paume dans celle de l’autre. Mes remords plongent au fond de ses yeux Baccara illuminés du simple bonheur d’être mère, faisant de ce regard là le plus beau après celui de la mienne et le moins triste avant le mien.
Par Jérôme Enez-Vriad - Berlin
Ina Müller est une artiste allemande inconnue en France. Elle sera en concert le 21 janvier 2012 à l’O2 World, la deuxième plus grande salle couverte d’Europe continentale après l’ O2 Arena de Prague : capacité 17 000 places. Elle a été construite sur le site de l’ancienne gare de fret Ostgüterbahnhof et fait partie d’un ambitieux projet d’aménagement des rives de la Spree avec salles de cinéma, casino, hôtel et restaurants. Peu d’artistes sont capables de vendre 17 000 places en une soirée sur leur seul nom. Ina Müller & Band, si.
Quatrième fille d’une famille de paysans de Köhlen, la petite Ina se fait très tôt remarquer par un goût du spectacle prononcé à travers de nombreux happenings familiaux et scolaires. Après ses études de pharmacie, elle travaille en officine sur l’île de Sylt puis à Blumenthal, mais le goût des planches la rattrape et elle crée en 1994 un duo de cabaret, les Queen Bee (référence aux abeilles), avec sa meilleure amie, Edda Schnittgard. Cinq spectacles seront conçus puis joués jusqu’en 2005, date de séparation du groupe. A partir de 2007, Ina Müller présente le Late-Night-Show Inas Nacht sur l’excellente chaine régionale NDR, et pour lequel elle reçoit en 2008 le Deutschen Fernsehpreis, en 2009 le Deutschen Comedypreis et en 2010 le Grimme-Preis, ces trois récompenses pouvant être assimilées à un mix entre les 7 d’Or et les Molières français. Depuis octobre 2009, Ina Müller présente une émission liée aux spécificités culturelles d’Allemagne du Nord (région de Hambourg) : musique, cinéma, art culinaire, littérature… une sorte d’Apostrophe façon Café Picouly, où la maitresse de cérémonie n’hésite pas à faire des duos avec ses invités.

De la à vendre 17 000 billets, me direz-vous… Et bien vous aurez tort car Ina Müller est très populaire en Allemagne et sa cote de sympathie hors du commun. Les premiers tarifs sont à 38 € et vont jusque 140 €, ce qui est très cher, certes, mais guère abusif en comparaison de Jean-Michel Jarre, Justin Bieber et Kylie Minogue à 180 €, ou Elton John à 250 €. Au reste, vous pourrez tous les voir en France, en Navarre et ailleurs… Ina Müller & Band, c’est à Berlin le 21 janvier 2012.
Pour faire court, vous avez compris, Ina Müller c’est vachement bien. J’y serai au quatrième rang du bloc 102. J’aurai des lunettes et les cheveux longs. En général on me reconnaît. Je vous attends pour échanger nos avis à l’entracte. Enfin, si il y en a un.
Par Jérôme Enez-Vriad - Berlin
Le fascisme écolo ne passera pas. On veut bien le croire, pourtant aujourd’hui tout est bio. J’ai même vu des savonnettes estampillées des 3 lettres au nouveau magasin Bio Company de la Sonnenallee. Au point que tout le monde, c’est à dire n’importe qui, écrit sa bio (graphie) au fil de pages hallucinantes de lassitudes et d’inepties. Qu’aurait dit la Zazie de Queneau ? Bio, mon cul ! Oui, et elle aurait eu raison, car nous avons atteint le comble du Bio avec Bionade-limonade, une boisson allemande en vente dans tous les supermarchés berlinois, dans tous les Imbiss, dans les kiosques des U-Bahn & S-Bahn, chez le turc d’en bas… Partout.

Qu’y a t-il dans une limonade ? De l’eau, du sucre, un parfum alimentaire et du gaz. Rien d’autre. Cela posé, peut-on certifier une eau « bio » ? Il existe différentes eaux : de sources, minérales, etc. Mais existe-t-il réellement de l’eau bio ? Non. Sauf à considérer qu’elle n’est pas obtenue par désinfection chimique. Au reste, il est très rare que nous buvions de l’eau conforme aux normes légales. Existe-t-il du sucre bio ? Oui. Des parfums bio ? Oui également. Du gaz bio. Non.
Une limonade bio est donc fabriquée à partir de 4 ingrédients dont les deux plus importants (en quantité : eau & gaz) ne peuvent être certifiés aux normes biologiques internationales. Là est le coup de génie de Bionade qui vend deux fois plus cher un produit bio quasi identique à celui qui ne l’est pas. Chacun se donne bonne conscience, surtout les femmes, pour s’envoyer une petite canette de temps à autre, un peu comme si le sucre bio était sans calorie. Il faut le dire : manger bio, et maintenant boire bio, n’est pas à coup sûr l’évidence de se nourrir sainement. Le plus judicieux pour rester en bonne forme serait d’éviter la limonade, dont les bulles vous gonflent l’estomac et les intestins, et le sucre vous agresse les muscles. Toutes les limonades, oui mesdames, bio ou pas.
Souvenez-vous. « C’est frais. C’est aux fruits. C’est Banga. « Disait la pub. « C’est vrai. C’est trop bio(n). C’est Bionade. » Diront désormais les écolos naïfs, écolos fachos d’un corps qu’ils aimeraient garder sain. En vain.